Frédéric Bastiat · 1801–1850

Son Environnement

Son époque, ses influences intellectuelles et ses combats — comprendre qui a forgé la pensée de Bastiat et contre qui il a dû défendre ses idées tout au long de sa vie.

Ses maîtres et inspirateurs

Ses influences

Bastiat a toujours été transparent sur ses dettes intellectuelles. Sa formation économique vient de Smith, Say et Destutt de Tracy ; sa formation politique de Comte et Dunoyer ; son passage à l’action de Richard Cobden.

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Économie classique

Les fondateurs de l’économie politique libérale

Bastiat a toujours témoigné de sa dette envers Adam Smith et Jean-Baptiste Say. L’économie politique telle qu’ils l’ont conçue tient tout entière dans un mot : liberté. Adam Smith montre que l’on ne peut servir son propre intérêt qu’en servant celui des autres — l’échange est un jeu à somme positive. Say clarifie et corrige la doctrine de son maître sur plusieurs points essentiels.

« Ce n’est pas de la bienveillance du boucher, du marchand de bière ou du boulanger que nous attendons notre dîner, mais bien du soin qu’ils apportent à leurs intérêts. »

Adam Smith,

Autre,

La Richesse des nations (1776)

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Idéologues et libéraux français

Le philosophe des idéologues et l’influence américaine

Destutt de Tracy, peu connu, a exercé une influence décisive sur Thomas Jefferson, alors ambassadeur à Paris. Son traité d’économie politique condamnait le protectionnisme et fut interdit par Napoléon — traduit en anglais par Jefferson, il devint le premier manuel d’économie de l’Université de Virginie. Chef de file des Idéologues, Tracy rassemblait Say, Constant, Condorcet et Germaine de Staël.

« L’idéologie : la science qui a pour objet l’étude des idées, de leur origine, de leurs lois, de leur rapport avec le langage. »

Destutt de Tracy,

Autre,

Éléments d’idéologie

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Lutte des classes libérale

La théorie libérale de la lutte des classes

Charles Comte et Charles Dunoyer, fondateurs du journal Le Censeur, ont développé une théorie libérale de la lutte des classes qui a inspiré Bastiat autant que Marx — bien que ce dernier l’ait déformée. L’histoire de toutes les civilisations est celle du combat entre les classes spoliatrices et les classes productives. Bastiat leur doit sa formation politique et sa notion de spoliation légale.

« Les nations atteignent la paix et la prospérité lorsque les droits de propriété et le libre échange sont respectés. »

Charles Comte & Charles Dunoyer,

Autre,

Le Censeur

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Libre-échange

La Ligue — le déclencheur de Bastiat

En 1843, Bastiat découvre par hasard la Ligue contre les lois sur les blés fondée à Manchester en 1838 par Richard Cobden. Il traduit les discours de Cobden, correspond avec lui, puis se rend à Londres en 1845 pour les gigantesques meetings. Cette campagne pour le libre-échange a mis le feu à sa plume et changé radicalement le cours de son existence.

« Qu’est-ce que le monopole du pain ? C’est la pénurie du pain. »

Richard Cobden,

Autre,

Meetings de la Ligue, rapporté par Bastiat

Ses combats intellectuels

Ses adversaires

Bastiat ne se contentait pas de défendre ses idées — il les aiguisait contre les erreurs de ses contemporains. Quatre adversaires intellectuels majeurs ont structuré sa pensée.

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Socialisme et collectivisme

Le précurseur du socialisme et du collectivisme

Bastiat considère Rousseau comme le véritable précurseur du socialisme et du collectivisme. L’une des sources majeures de ces idéologies est l’opinion rousseauiste selon laquelle l’ordre social tout entier doit découler de la loi. Pour Rousseau, l’homme doit être conduit — y compris par la force — à vouloir l’intérêt général. C’est la porte ouverte à toutes les formes de totalitarisme.

« Quiconque refusera d’obéir à la volonté générale y sera contraint par tout le corps, ce qui ne signifie autre chose, sinon qu’on le forcera d’être libre. »

Jean-Jacques Rousseau,

Autre,

Du Contrat social (1762)

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Éducation classique

L’omnipotence du législateur — une erreur millénaire

Bastiat craint, après les journées de Février 1848, l’influence des idées grecques et romaines imposées par le monopole universitaire. La République de Platon, l’admiration pour Sparte, la nostalgie de Rome : toutes reposent sur l’erreur de l’omnipotence du législateur. Pour les Romains, la propriété était une création de la loi — parce qu’ils vivaient de l’esclavage et du pillage.

« Je redoutais l’influence des idées grecques et romaines qui nous sont imposées à tous par le monopole universitaire. »

Frédéric Bastiat,

Autre,

Après les journées de Février 1848

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Protectionnisme

Deux formes de spoliation légale

Le protectionnisme est une forme de nationalisme économique que Bastiat démonte comme un sophisme : l’équivalent d’un impôt qui rend les produits plus chers au détriment du consommateur. Le socialisme, lui, masque sa violence sous un abus de langage — il appelle spoliation ‘solidarité’. Les élus cèdent aux deux parce qu’ils y voient une occasion de consolider leur clientèle électorale.

« Oui, protection, c’est spoliation, car c’est le privilège d’opérer législativement la rareté, la disette, pour être en mesure de surfaire à l’acheteur. »

Frédéric Bastiat,

Sophismes économiques,

Sophismes économiques, Tome I, p.382

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Anarchisme et mutualisme

La polémique sur le crédit gratuit

Élu à l’Assemblée nationale en même temps que Bastiat en juin 1848, Proudhon échange avec lui 14 lettres en 1849 dans La Voix du Peuple. Le débat se résume à une alternative : gratuité du crédit ou liberté du crédit ? Proudhon défendait la création monétaire illimitée par une banque d’État. Bastiat y voyait une spoliation déguisée — l’inflation étant un impôt caché sur les épargnants.

« La propriété, c’est le vol. » — proposition que Bastiat réfutera en montrant son absurdité logique : s’il n’y avait pas de propriété légitime, il ne pourrait y avoir d’actes tels que le vol.

Pierre-Joseph Proudhon,

Autre,

Qu’est-ce que la propriété ? (1840)

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