Frédéric Bastiat · 1801–1850

Son Œuvre

Économiste, polémiste, orateur — Bastiat a laissé une œuvre dense, souvent satirique, toujours rigoureuse. Ses écrits majeurs restent d'une actualité saisissante, deux siècles après leur rédaction.

Édition de référence

Les Œuvres complètes

L’édition Guillaumin (1862–1864) en 7 volumes, rééditée par l’Institut Coppet en 2015, constitue la référence canonique pour l’étude de Bastiat.

Cette édition est celle des Œuvres complètes de Frédéric Bastiat, mises en ordre, revues et annotées d’après les manuscrits de l’auteur, publiées chez Guillaumin et Cie, Paris. La Bibliothèque nationale de France a numérisé les six premiers volumes en 2002 ; l’Online Library of Liberty a complété la numérisation avec le tome VII en 2004.

I – Correspondance et mélanges

Lettres à Calmètes, Coudroy, Cobden, Horace Say. Premiers écrits dont Le fisc et la vigne (1841) et les réflexions sur les pétitions de Bordeaux (1834).

II – Articles relatifs au Libre-Échange

Le cœur de son combat contre le protectionnisme. Ses articles pour le Journal des Économistes et la Ligue pour la liberté des échanges.

III – Cobden et la Ligue

Étude du mouvement libre-échangiste anglais mené par Richard Cobden. Bastiat y voit le modèle d’une réforme économique par l’opinion publique.

IV – Sophismes économiques — Petits pamphlets

Ses textes satiriques les plus célèbres : la pétition des fabricants de chandelles, la fenêtre cassée, et les Sophismes économiques (1re série).

V – Petits pamphlets

Deuxième série des SophismesCe qu’on voit et ce qu’on ne voit pas (1850), L’État (1848). Les textes les plus lus de Bastiat.

VI – Harmonies économiques

Son œuvre théorique majeure, inachevée à sa mort. Bastiat y développe sa vision d’un ordre social harmonieux fondé sur l’échange libre.

VII – Essais, ébauches, correspondance

Volume ajouté à la deuxième édition (1864) avec des textes inédits, des ébauches et une correspondance complémentaire. Numérisé par l’Online Library of Liberty en 2004.

11 textes commentés

Les textes clés de Bastiat

Le Cercle Frédéric Bastiat a produit onze analyses audio commentées des textes fondamentaux de Bastiat. Voici leur synthèse.

11

Sophismes économiques

Ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas

Bastiat invente ici les « lunettes de l’économiste » : tout acte économique produit des effets visibles à court terme sur un groupe, et des effets invisibles à long terme sur l’ensemble de la société. Le sophisme de la vitre cassée illustre comment la destruction ne crée pas de richesse mais génère une perte nette pour la collectivité.

« L’État ouvre un chemin, bâtit un palais, redresse une rue, perce un canal. Par là, il donne du travail à certains ouvriers, c’est ce qu’on voit. Mais il prive de travail certains autres, c’est ce qu’on ne voit pas. »

Frédéric Bastiat,

Ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas,

Tome V

12

Droits naturels

Le droit de propriété

La propriété selon Bastiat n’est pas seulement foncière : c’est le droit du travailleur sur la valeur créée par son travail. Contre Rousseau et Robespierre, Bastiat affirme que la propriété est un droit naturel, antérieur et supérieur à toute législation. La loi n’a pas à créer ce droit : elle doit le protéger.

« Personnalité, liberté, propriété, voilà l’homme. C’est de ces trois choses qu’on peut dire, en dehors de toute subtilité démagogique, qu’elles sont antérieures et supérieures à toute législation humaine. »

Frédéric Bastiat,

Le droit de propriété,

Tome IV

13

Satire économique

La pétition des fabricants de chandelles

En 1840, Bastiat compose ce texte satirique emblématique : des fabricants de chandelles demandent à la Chambre de fermer toutes fenêtres pour se protéger de la concurrence déloyale du soleil. La cible réelle : la connivence entre capitalistes de rente et État protecteur, au détriment du consommateur — véritable représentant de l’intérêt général.

« Nous subissons l’intolérable concurrence d’un rival étranger placé dans des conditions tellement supérieures aux nôtres pour la production de la lumière, qu’il en inonde notre marché à un prix fabuleusement réduit. »

Frédéric Bastiat,

La pétition des fabricants de chandelles,

Tome IV

14

Fiscalité

La spoliation par l’impôt

L’impôt est souvent présenté comme une pluie féconde. Bastiat démontre l’illusion : l’État ne crée pas de richesse, il la déplace. Ce qu’on voit est le travail financé par la dépense publique ; ce qu’on ne voit pas, c’est ce qu’auraient produit les contribuables avec cet argent.

« Dans toute dépense publique, derrière le bien apparent, il y a un mal plus difficile à discerner. »

Frédéric Bastiat,

Ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas,

Tome V

15

Philosophie morale

Les deux morales

Il y a deux façons complémentaires d’éclairer le jugement des citoyens : la morale philosophique ou religieuse, qui agit sur le cœur de l’homme-agent, et la morale économique, qui lui montre les conséquences de ses actes. Bastiat plaide pour leur alliance contre les tartuffes de la politique.

« La morale économique agit en montrant à l’homme les conséquences nécessaires de ses actes. La morale religieuse enracine dans son cœur la conscience de son devoir. »

Frédéric Bastiat,

Sophismes économiques,

Tome IV

16

Ordre spontané

Le miracle du libre marché

Le libre marché utilise des connaissances qu’aucune autorité ne peut centraliser, et procure des satisfactions bien supérieures à toute organisation artificielle. À travers l’exemple du menuisier du village, Bastiat préfigure les analyses de Hayek sur l’ordre spontané.

« Le miracle du libre marché, c’est qu’il utilise des connaissances qu’aucune personne ne peut posséder à elle seule, et qu’il procure des satisfactions bien supérieures à tout ce qu’une organisation artificielle et centralisée pourrait faire. »

Frédéric Bastiat,

Harmonies économiques,

Tome VI

17

Philosophie politique

Liberté et responsabilité, clés du problème social

Dans une lettre à Lamartine (1845), Bastiat résume toute sa philosophie : la liberté est la meilleure organisation sociale, à condition que la loi ne supprime pas les conséquences des actions de chacun — c’est le principe de responsabilité. Liberté et responsabilité sont indissociables et constituent le véritable moteur du progrès social.

« La liberté est la meilleure des organisations sociales. Mais la loi ne doit pas venir supprimer les conséquences positives ou négatives des actions de chacun : c’est le principe corollaire de la responsabilité. »

Frédéric Bastiat,

Autre,

Lettre à Alphonse de Lamartine (1845)

18

Action humaine

La puissance de la responsabilité

Le mal est une réalité définitive dans l’histoire humaine — on peut le réduire, non l’éradiquer sans supprimer liberté et responsabilité. Il naît d’abord de l’imperfection de la raison humaine. La solution n’est pas dans une organisation contrainte de la société, mais dans l’éducation des citoyens à supporter les conséquences de leurs choix.

« Ce n’est jamais sans créer pour l’avenir de grands dangers et de grandes difficultés qu’on soustrait l’individu aux conséquences de ses propres actes. »

Frédéric Bastiat,

Harmonies économiques,

Tome VI, p.617

19

La Loi

Vraie et fausse solidarité

Dans La Loi (1850), Bastiat dénonce la perversion qui consiste à légaliser la spoliation sous le nom de solidarité. La solidarité spontanée, fraternelle, est vraie. La solidarité légale, contrainte, est fausse — c’est l’appel à vivre aux dépens d’autrui, masqué par le langage de la justice sociale.

« La fraternité est spontanée, ou elle n’est pas. La décréter, c’est l’anéantir. La loi, quand elle veut faire par la force ce que la morale fait par la persuasion, tombe dans le domaine de la spoliation. »

Frédéric Bastiat,

La Loi,

Tome IV, p.301

20

La Loi

La spoliation légale — perversion de la loi

La vraie nature de la loi est de défendre la vie, la liberté et la propriété. Quand la loi cesse d’être négative (protéger les droits) pour devenir positive (organiser la redistribution), elle devient spoliatrice. La fausse philanthropie est l’une des grandes causes de cette perversion.

« Ce n’est pas parce qu’il y a des lois qu’il y a des propriétés, mais c’est parce qu’il y a des propriétés qu’il y a des lois. »

Frédéric Bastiat,

La Loi,

Tome IV

21

Rôle de l’État

Le rôle et les limites de l’État

Bastiat, vice-président de la commission des finances en 1848, renverse l’équation courante : ce n’est pas l’État qui fait vivre la nation, c’est la nation qui fait vivre l’État. L’action de l’État est purement redistributive et soumise à la pression des groupes d’intérêts. Bastiat anticipe avec un siècle d’avance l’école des choix publics.

« L’État n’est pas manchot et ne peut l’être. Il a deux mains, l’une pour recevoir et l’autre pour donner… Mais ce qui ne se peut concevoir, c’est que l’État rende au public plus qu’il ne lui a pris. »

Frédéric Bastiat,

L’État,

L’État (1848), Tome IV, p.334-335

Ouvrages de référence

Bibliographie

Sélection des principales études et notices biographiques consacrées à Frédéric Bastiat depuis 1851.

Les références qui suivent constituent les principales sources secondaires sur Bastiat, de ses contemporains immédiats aux études du XXe siècle. Elles sont classées par période de publication.

1851

Gustave de Molinari — Frédéric Bastiat, Journal des Économistes

1852

Jules Martinelli — Harmonies et Perturbations Sociales. Esquisse des œuvres de Frédéric Bastiat

1853

F. de la Farelle — Notice sur Frédéric Bastiat, Mémoires de l’Académie du Gard

1856

P. Paillotet — Frédéric Bastiat, Dictionnaire de l’Économie Politique

1856

A. Darimon — Frédéric Bastiat, Courrier de Bayonne

1857

Frédéric Passy — Biographie de Frédéric Bastiat, Journal des Économistes

1858

L. Reybaud — Frédéric Bastiat, Revue des deux Mondes

1862

R. de Fontenay — Notice sur la vie et l’œuvre de Frédéric Bastiat, Introduction aux Œuvres complètes

1869

Pascal Duprat — Frédéric Bastiat

1870

L. Couture — Frédéric Bastiat, Revue de Gascogne

1878

Edouard Bondurand — Discours prononcés lors de la cérémonie du 28 avril devant le monument érigé à Mugron, Bulletin de la Société de Borda

1878

Léon Say — Frédéric Bastiat, Journal des Économistes

1879

de la Farelle — Notice sur Frédéric Bastiat, discours de rentrée de la cour d’appel de Paris

1879

A. Bouché de Belle — Frédéric Bastiat et le libre échange

1882

Mgr Baunard — Frédéric Bastiat, in La Foi et ses Victoires

1887

L. Laborde — Frédéric Bastiat, Revue des Basses Pyrénées et des Landes

1888

A. Cointan — Notice sur Bastiat, Journal des Économistes

1901

Société d’Économie Politique (sous la présidence de Frédéric Passy) — Centenaire de la naissance de Frédéric Bastiat

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